Jeudi 14 mai 2009 4 14 /05 /Mai /2009 16:05

           Un peu plus d'horreur cette fois, mais surtout du poker, enfin un poker pas comme les autres ;-)

            
Cet enfoiré de Jack n’avait qu’une passion dans la vie, le poker. Il n’était pas du coin ; il n’y avait qu’à le regarder pour le savoir. Un routier itinérant l’avait déposé avec son baluchon un de ces matins où, la pleine lune est encore visible alors que le ciel rougeoie du charme lumineux du soleil. Il racontait qu’il venait de là où le capitaine Cook avait été tué en 1779. Hawaï. Qu’il avait ensuite parcouru les terres australes que Cook avait longtemps cherchées, en vain, pour y trouver de l’or. Là-bas, il passait ses journées à fumer des cigarettes sous une bâche qu’il avait tendue au flanc d’un roc, et surveillait un vieil indigène qu’il avait engagé pour nourrir de terre son trieur d’or. Une fois par semaine, d’autres prospecteurs rejoignaient sa concession. Il s’asseyaient autour d’une table et misaient leur pécule en espérant une quinte flush. Il ne le disait pas, mais dans une petite ville comme la notre, les rumeurs pullulent comme la gangrène et tous pensaient qu’une des parties avait du mal tourner et qu’il était venu ici, se cacher. Se cacher ? Je ne crois pas. Il était plutôt venu se refaire…

            Jack était un mélange de Clint Eastwood et d’un guerrier maori. Il arborait fièrement un t-shirt Lynrd Skynrd sur fond de drapeau sudiste et portait deux énormes chevrons d’au moins six centimètres qui élargissaient ses lobes d’oreille. La base de son nez était traversée par une épaisse aiguille taillée dans un coquillage, qui tranchait constamment la fumée qui en sortait. Il ne fumait que des Chesterfields. Sa pilosité, digne du plus rustre des cow-boys ne laissait pas présager une épaisse chevelure exotique qui se dressait sur le haut de son crâne, serré par un lacet de cuir. Tout le temps qu’il avait passé ici, il se rendait chaque jour au bar. Là, il enchaînait les parties et ne s’arrêtait que tard dans la nuit. La veille il avait perdu, aujourd’hui il gagnerait, le lendemain il perdrait sûrement encore. Pourvu que le hasard lui donnait un temps soit peu une bonne main, il faisait des ravages, mais son acharnement à en vouloir toujours plus n’engendrait pas la fortune.

            Puis… les joueurs de poker commencèrent à disparaître. Les putains du bar se plaignaient du manque de client, et l’épicier du coin s’étonnait de ne plus voir Jack venir lui acheter des vivres. On soupçonna dans un premier temps un homme mystérieux qui se tenait souvent dans le recoin le plus sombre du bar, là où la table n’était que trop peu souvent nettoyée. On su très vite qu’il n’était pas responsable lorsqu’il régla ses comptes au grand jour et qu’il s’en alla. Jack, quant à lui, jouait moins désormais. Les gens disaient qu’il s’adonnait à des parties très privées, chez lui, à la nuit tombée. Cherchait-il à se faire oublier ? La réponse n’en fut que trop vite annoncée lorque l’on découvrit que les comptes des joueurs avaient été vidés dans un laps de temps très proche de leur disparition.

            A l’époque ou Cook cherchait désespérément les terres australes, il notait dans son journal de bord que certains « Naturels » avaient coutume de dévorer leurs semblables. Les joies du cannibalisme. Il s’agissait généralement d’ingurgiter les restes des ennemis morts au combat afin de s’approprier leurs forces et capacités. Cook raconta même que lors de relations avec ces derniers, l’un d’eux lui avait proposait un avant-bras en échange de quelques pièces d’étoffe. Lui mimant qu’il pouvait en satisfaire sa faim.

            Jack revint au bar alors que la plupart des meilleurs joueurs demeuraient encore disparus. Le doute était alors braqué sur lui comme une épée de Damoclès. Maintenant quand Jack jouait, il ne perdait jamais. Même avec la main la plus pauvre, il s’enrichissait. Il était tellement convaincant quand il bluffait que le maire de la ville était un enfant de cœur à coté de lui. Il avait le regard d'une hyène attendant son prochain repas. Ses canines semblaient s’être allongées et son nez prenait de plus en plus la forme d’un museau. Il gardait toujours son petit sourire strident qui charmait tant les catains du bar. Elles travaillaient toujours gratuitement pour lui. Mais l’haleine qui s’en dégageait désormais était celle d’un chacal.

            Lorsque le père Williams eut vent de tout ceci, il prit la décision de se rendre dans cet endroit qui le répugnait tant. A la seconde où il aperçut, il crut se retrouver face au démon. Ce visage, ce regard, les jeux, le père pria toute la trinité d’une traite. Jack comprit vite qu’il n’était pas là par hasard. Il arrêta la partie et lui proposa de discuter. Le père risquerait de lui attirer des ennuis et maintenant qu’il s’enrichissait selon son bon vouloir, il tenta de l’acheter afin qu’il ne rameute pas toute la ville le dimanche suivant : « Mon père, sachez qu’à part le vice du jeu, je respecte absolument chacun des versets de la Bible. Ceci est mon corps, prenez et m…

-Monsieur, sachez vous-même que ma foi en l’homme et en Dieu ne fait pas de moi un idiot. Vos belles paroles sont celles du Démon, vous êtes habités et je compte bien sauver mes paroissiens de vos actes.

-La rénovation de l’eglise me tient à cœur, mettons cartes sur table et laissez moi vous aider. Un tel bâtiment doit avoir besoin de moyen, ne laissez pas filer votre joker.

-Ma foi n’a pas de valeur !

-Alors dites moi à combien votre foi est-elle inébranlable ». Et quelques temps plus tard, l’église disposait d’une nouvelle cloche et de vitraux tout neufs.

            En ai-je assez conté sur cet homme, je ne sais pas… Mais lorsque le désir d’un homme est aussi fort que celui d’un camé en manque, il est prêt à n’importe quoi, même de dévorer ses ennemis pour s’approprier leurs talents. L’oisiveté est mère de tous les vices, mais le vice est le père de tous les arts, et son art, c’était le poker. L’appât du gain, le pouvoir, on parle de qui maintenant ? Du cannibale ou du curé ?

 

 

Fait le 21/01/2009

Ceci est mon corps

Par Marc-Antoine Pecoraro
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 13 mai 2009 3 13 /05 /Mai /2009 23:23

Par Marc-Antoine Pecoraro
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 13 mai 2009 3 13 /05 /Mai /2009 23:05

Pas trop d'horreur dans cette première nouvelle mais vous aurez un apercu, bonne lecture et n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

           Les coudes sur le comptoir, je commandais mon dernier whisky. Chacun de mes gestes me paraissait être une envolée dans l’espace. Pas de vent mais ça bourdonnait quand même dans mes oreilles ! J’étais dans cet état qui fait de vous un symbole de concentration. Le moindre détail, je le percevais différemment, j’étais à la fois à l’intérieur et hors de ce tas de viscères qui me servait de corps. Alors ce mec arriva. Il avait la tête des mauvais jours mais il était écris sur sa peau qu’il avait autrefois pris du bon temps. Une petite croix pendouillant à l’oreille, et une sacrée paire de santiags laissait croire que ce vieux gars d’une quarantaine d’années avait vécu les plus belles heures du rock and roll. Il se mit à ma gauche et commanda une mousse avec un sourire de coin, c’était celui de la délivrance. Sa première gorgée me fit penser à ce que pourrait descendre en eau un homme sans reins. Il reposa son verre sur le comptoir, la douce pétillante incrustée dans sa moustache. Quand je vous disais que j’étais un symbole de concentration. La dégaine de ce mec en disait long sur sa vie, du moins… c’est ce que j’en pensais. Et mon analyse n’allait pas tarder à être confirmée. Il se tourna vers moi, l’œil à demi vif mais tout de même observateur. De haut en bas, dare dare, il me regarda et me dit d’un air moqueur et nostalgique : « Chouette blouson, ptit’ gars !». J’essayais du mieux que je pouvais de montrer au monde que le rock ne se réduisait pas à une bande d’abrutis qui hurlent des textes pourraves sur le son d’une monstrueuse à six cordes qui pourrait être remplacée par un tam-tam. Ce blouson, c’était l’étendard de mon idéologie, de mon choix de vie. A la seconde gorgée, son verre était asséché. Tout en faisant signe au tavernier de lui en mettre une deuxième et de me resservir un n-ième jack, il me murmura à l’oreille : « Qu’est-ce que ça te fait…le rock and roll ? ». Ni une, ni deux, et ce n’était pas son haleine de Dionysos qui allait m’en empêcher, je tentais de mettre des mots sur ce que je ressentais à l’égard de la sainte distorsion : « Le rock and roll, pour moi mec, ça rentre dans mes oreilles, ça électrise mon cerveau, et ça me redescend dans les burnes jusqu’à l’orgasme. C’est la meilleure des morphines, plus aucune douleur, tu le vis, et le reste t’en a plus rien à foutre. Je hurle, je me secoue la tignasse, je plane, je suis invincible. Tu vois le rock, ça a quelque chose de cool. C’est une façon d’appréhender la vie, d’avoir une perception différente de tous les moutons. Avec ça, c’est plutôt toi le berger. C’est pas de la provocation, ce sont les gens qui sont choqués par ton style de vie. Quand tu tombes dedans, t’en sors plus et même si t’en sors, tu finiras par retomber dedans. C’est aussi la pire chose qui puisse t’arriver. Mais comme le désespoir est un carburant pour avancer dans la vie, comme la jalousie fait partie de l’amour, et la laideur de la perfection, ça devient le sens de ta vie. Le rock c’est la bête qui te dévorera au moment ou tu t’y attendras le moins et qui te changera la vie.» Sur ce, il me répondit : « Pour moi, c’est comme une bonne branlette ! » et ce vieux monté sur talonnettes venait de résumer en quelques mots ce qu’être rock and roll signifiait.

            Puis, toute la faune rock y passa, des années 60 aux années 90, parce que pour lui, tout ce qui n’était pas né là, c’était de la daube en boite. Argh ! Quand j’y repense, je me dis que c’était l’un des plus beaux partages de ma vie. Parce que c’était ça qui m’intéressait, partager les choses, et avoir des émotions. Pas mal enivrés par la discussion et par ce que nous venions d’ingurgiter, le vieux gars se mit à remuer comme s’il avait une camisole de force. C’était une transcendance à mort. Bam ! Bam ! Il tapait du talon comme un taureau. Ce qui lui faisait remuer la queue aussi fort, c’était la dégaine de l’intro de Superterrorizer de Black Label Society. A ce moment, vous avez l’impression que tout l’aspect cool du rock and roll vous tombe dessus, un peu à la manière du T-800 de Terminator, deuxième du nom, qui entre pour la première fois dans le bar. Et là, vient le silence, et là encore, une déflagration de distorsion vous martèle la boite crânienne et on dit… merci Zakk. On était dans un état second, les autres clients nous regardaient comme des bêtes de cirque. Leurs regards étaient si vides que ça sentait l’ignorance à pleine truffe. On entendait : « Qu’est-ce que c’est que ça ? » ou des cris dans le style d’un urinoir qui tenterait d’imiter un ours des montagnes, d’un air foutrement moqueur. En même temps, on en avait rien à cirer parce que nous, on vivait et d’ailleurs, c’était plutôt nous les visiteurs du cirque. Ils me faisaient penser à une bande de dindons bons pour la farce. Parce que c’est ça le rock and roll, le droit et la possibilité de se conduire comme de parfaits idiots, en privé comme en public*. Tout ce que je me disais, c’est qu’on était entrain de leur foutre une belle déculottée.

            Ce vieux gars n’était le roi de rien, il n’était pas non plus un symbole réussite et il augmentait une fois de plus son ardoise au bar. Si j’avais pu regarder dans ses tripes, je ne pense pas que j’y aurai trouvé quoique ce soit de bon pour sa santé. Mais ce mec vivait et je sentais que sa réflexion sur la vie, le sens qu’il lui donnait ; était beaucoup plus chaud et respectable que celui que la société cherche à nous imposer. Et je trouve, et ça, ça n’engage que moi plus de vérité dans ce qu’il pouvait me transmettre que dans la plupart des leaders de bonne opinion et diffuseurs de pseudo morale.

 

Fait le 12/11/2008

Rock Transgeneration et déculottée.

 

* Philippe Garnier dans une interview de Ray Davies en 1974

Par Marc-Antoine Pecoraro
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mercredi 13 mai 2009 3 13 /05 /Mai /2009 22:47
Salut à tous, je vous remercie d'être passer sur le Blog du Voodoo Project. De la peur, du sang, du Jack Daniels, du Rock and Roll et des Zombies, voila tout ce que vous pourrez voir ici. Maintenant trêve de baliverne, je vous laisse découvrir par vous même.
Par Marc-Antoine Pecoraro
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Le voodoo-project

Partagez ce blog

Rechercher

Derniers Commentaires

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés